Interviews sur le Web

Interview Annuaire musique (2004)
Annuaire
Musique :
"SILEREVES/PATCHWORK" est un projet de longue date, semble-t-il ?
Silereve :
La première chanson composée pour "PATCHWORK" date de 1987, il sagit
du chant qu'on entend en sourdine tout à la fin du deuxième CD, "un
ciel plus bleu". Une partie de guitare date même de 1979, jouée avec un
ami de l'époque !
Annuaire Musique :
Alors c'est une compil, une sorte de "best of" ? Pas de nouvelles
compositions ?
Silereve :
Non, pas du tout. Si les chansons ont été composées et déjà
interprettées sur
une période de 87 à maintenant, toutes ont été retravaillées, même si
j'ai utilisé
la bande originelle. J'ai nettoyé le son, rajouté des overdubs, des
voix, et surtout
j'ai inséré chaque morceau au sein d'un tout qui forme une histoire. Il
y a des nouvelles chansons dans SP, si l'on considère que le chant et
les paroles sont souvent du nouveau matèriel, et que les overdubs ont
parfois complètement changé l'aspect des morceaux. De plus, la
conception de l'album est un vrai travail de composition :
enchainements des morceaux, bruitages, effets dramatiques ou
burlesques.
Annuaire Musique :
C'est l'histoire de ta vie ?
Silereve :
C'est une histoire qui s'est imposée, en réunissant les chansons qui
pouvaient se faire suite : oui, ça ressemble à l'histoire de ma vie,
sauf qu'en fait dans les CD il y a pas moins
de 2 réincarnations... bon, si vous voulez en savoir plus, il faut se
rendre sur mon site :
silereve1.free.fr, et tout s'éclaiciera.
Annuaire Musique :
Et la scène : tu tournes?
Silereve :
Pour interpreter "SILEREVES/PATCHWORK" il me faudrait pas moins de 10
musiciens, trés trés diciplinés. Le problème c'est qu'il y a beaucoup
d'instruments ! J'ai une longue expèrience de groupes rock avec des
guitaristes ou batteurs aux égos surdimentionnés, qui refuseraient de
jouer autre chose que leur instrument (comme de la flûte, du
bandoléon,ect...)... là il faudrait que cela soit au service de
l'oeuvre. En plus j'ai déjà interpretté sur scène certains morceaux de
"Patchwork", mais pas dans le style de l'album, et c'était pas une
réussite : je devais me plier au style du groupe dans lequel je jouais
! Alors ce n'est pas pour tout de suite, pas dans le cadre d'un groupe
: je peux néenmoins interpretter quelque chansons avec mon
harmoniciste,
Antoine Le Roux : "une poussière dans l'infini", "le monde" par
exemple. Même si ça me démange de prendre ma basse.
Annuaire Musique :
La basse, c'est ton instrument ? Tu joues tous les instrument du cd ?
Silereve :
C'est l'instrument que j'ai joué au sein des groupes dont j'ai fait
partie, mais mon premier instrument, et on s'en doute en écoutant
l'album, c'est la guitare folk. J'ai depuis 15 ans toujours la même
guitare, elle a à présent un son trés spécial, poussiéreux, comme du
blé cassé. Son âme est en photo sur mon site. Sur les CD's on entend
cette guitare + une douze corde, sans parler des électriques.
L'harmonica diatonique que l'on trouve sur deux morceaux, et une partie
des plans de guitare électrique, sont jouées par d'autres que moi, qui
sont crédités sur l'album. 4 morceaux ont été co-composés avec le
guitariste de mon ancien groupe.
Annuaire Musique :
Il y a eu d'autres CD's ? Il y en aura d'autres ?
Silereve :
Pour faire naître "Patchwork" j'ai du passer par 16 CD's, dont la
moitié était d'abord un ensemble de cassettes encore plus grand. Soit
un choix de trés trés trés nombreuses musiques et chansons. Mais
celle-ci est la seule oeuvre que je considère comme aboutie. Il y aura
peut-être une suite, élaborée de la même façon, mais j'attends de voir
l'impact de celle-ci, car c'est un travail de trés longue haleine. Et
puis je me repose !
Annuaire Musique :
Comment fais-tu pour la promo de "SILEREVES/PATCHWORK"
Silereve :
Comme ça... bon, en fait je veux dire : le version définitive date de
juin 2004, et l'album apparaît en premier sur le net pour évaluer les
retombées, aprés on va voir. Il y aura la presse et les labels, maisons
de disque, etc... mais d'abord il faut roder sur le net. Je ne me
presse pas, c'est pas la peine d'envoyer ça n'importe où sans cibler :
cet album, on me l'a dit, n'est pas "facile", et d'aprés ce que j'ai pu
voir jusqu'à présent quand on l'aime, on l'aime vraiment beaucoup. J'ai
de trés bon rapport, entre autres, avec Musicien.biz et DBC, où mon
album se trouve en vente.
Annuaire Musique :
Comment définir ta musique ? Est-ce que ce n'est pas un obstacle pour
la présenter si les gens ne te voient pas la jouer ?
Silereve :
Les gens n'en verront que des extraits, si je le veux, jusqu'à que j'ai
les moyens d'offrir plus. Avec cet album faire des concessions est
impossible : c'est comme si tu prenais un extrait de film et que tu
disais "voilà, ce film c'est ça". C'est peut-être l'aspect "mise en
scène cinématographique" de "SILEREVES/PATCHWORK" qui fait ça. Alors
j'attendrai.
Annuaire Musique :
Merci à toi
Interview LYBERTY.ORG (2004)
LYbertY : Pouvez vous nous faire un bref
historique du groupe, ses artistes, ses instrus, votre nom de groupe
...?
Silereves : Silereves existe depuis
1979, date à laquelle le nom a été créé et ou j'ai commencé à
enregistrer. Ce fut d'abord avec les pauvres moyens du bord, puis le
matériel a évolué au fil des ans, pour produire plein de cassettes,
puis plein de CD remplis de chansons et d'instrumentaux. C'est un
individu et non un groupe, même si sur les enregistrements d'autres
musiciens ont participé. Quelqu'un qui n'a cessé de produire de la
musique pendant tout ce temps pour aboutir à 1 double album qui est la
finalité de toutes ces années.
LYbertY
: Comment définiriez-vous votre musique
? quelles sont vos influences ?
Silereves : Tous les styles se retrouve
dans l'album mais déformés par le style propre à Silereves. La guitare
est prédominante mais pas forcément plus que les claviers, la voix à
une grande importance et est utilisée aussi bien dans le chant que
comme instrument de musique.
LYbertY : Avez vous déjà
effectué des concerts ? Quel a été votre plus belle scène ?
Silereves : Silereves en tant que tel
n'a jamais été interprété en concert, mais les chansons l'ont été pour
un petit nombre dans le cadre de plusieurs groupes de Rock où Silerêve
a été bassiste, et donc aussi chanteur pour ces morceaux là.
LYbertY : Un Cd de sorti
ou en prévision ?
Silereves : "SILEREVES/PATCHWORK" est
une autoproduction qui a pris sa forme définitive en juin 2004, en même
temps que le gros site qui lui est consacré. Il est en vente ici :
http://www.digital-broadcast-channel.com/DBC_Boutique.html
LYbertY : Des expériences
radiophoniques déjà peut être ?
Silereves : SILEREVES passe
régulièrement sur la net-radio de DBC (surtout un extrait de
"PATCHWORK" : CephiliaSunRapaceFight")
LYbertY : Quels sont vos
projets ?
Silereves : Pour le moment c'est de
faire connaître le plus possible l'album sur le net et j'espère dans
les autres médias aussi, afin de créer une petite légende jusqu'à que
celle-ci me donne les moyens de produire "Patchwork" sur scène.
LYbertY : Un dernier mot
peut être ? ^^
Silereves : Oui. Vous pouvez découvrir
l'album et bien d'autres choses qui s'y rapportent sur le site
SILEREVE1@FREE.FR, qui est à l'image du (double) CD , c'est à dire
multifacettes.
Merci à Silereves
musiciens.biz : Tu présentes ta musique comme un
patchwork de sons. A l'écoute de ton disque, je trouve que la parole a
une grande importance...
Silerêves : "Patchwork" ne veut pas
vraiment dire ça en fait : l'indice est sur la jaquette du CD, il y a
écrit "la vie est un patchwork 1979-2003", en écriture barrée. Ce n'est
pas un mélange de sons, c'est un mélange de moments d'une vie, mais
très étalés dans le temps. La parole en a d'autant plus d'importance,
la parole, le son de la voix et les mots, c'est ce qu'on se souvient de
la vie passée, comme les images. A la fin de l'album, sur le deuxième
CD, la voix se fait plus absente, plus synthétique : c'est normal
puisque la vie s'en va et se désincarne à ce moment là de l'histoire où
justement il n'y a plus de passé. Tu vois, tout se tient. Dans mes
explications, j'ai peut-être trop insisté sur les samples, c'est ce qui
a pu te faire croire que le mot "Patchwork" avait ce sens.
musiciens.biz : Je pense qu'il y a une vraie profondeur
dans tes textes, est-ce quelque chose que l'on te dit généralement ?
Silerêves : Oui on me l'a déjà dit, on
m'a aussi reproché (lorsque je composais pour un groupe) le fait de ne
pas savoir faire de chansons légères, plus simples, et de vouloir
mettre une dimension philosophique à chaque fois que j'écris. Mais je
n'y peux rien ! L'écriture s'impose d'elle-même, je ne vois pas
l'interêt de coucher sur le papier quelque chose qui ne me transcende
pas, je n'en ai pas envie alors je le ferais sans inspiration, et ça
serait nul. J'ai déjà écrit des paroles "pour mettre dans la musique",
pour le projet de groupe "INZEBOKAL", qui se résumait à faire un truc
marrant et tubesque; ça s'appelait "CUT CUT ZE RABBIT" et ça parlait
d'un mec qui court après un lapin pour lui couper les... pour se venger
de l'amour immodéré de sa femme envers cet animal... La musique était
pas mal.
musiciens.biz : Sortir un double album, est-ce une
volonté artistique ou une nécessité eu égard à la quantité de musique
enregistrée.
Silerêves : C'était impossible de faire
ça en un seul CD : c'est réellement une volonté artistique d'avoir 2
heures pour poser l'ambiance, faire naître des sentiments humains pour
à la fin désintégrer le tout. C'est vrai que j'ai beaucoup de
"matériel" pour cet album, des choses que je n'utiliserai peut-être
jamais. Croyez-moi, j'ai dû enlever et raccourcir beaucoup de choses.
"An 2000" durait deux fois plus longtemps, il y avait une version
psyché-rock de "Poême bicéphal", plein d'autres choses à intégrer dans
cette histoire de réincarnations qu'est "SILEREVES/PATCHWORK", mais
j'ai hésité à faire 4 CD. Le second CD était plus long, mais
déséquilibré, et ce n'est que lorsque j'ai éliminé 2 chansons qui
"cassaient l'ambiance" que j'ai été satisfait du résultat.
musiciens.biz : a-t-il été facile de faire des choix ?
Silerêves : Je ne compte pas les
CD's-témoins que j'ai brulés avant d'arriver à l'équilibre que je
voulais. Pourquoi par exemple utiliser une vieille version d'une
chanson plutôt qu'une autre, mieux enregistrée et plus récente ? Il y a
dans certains enregistrements quelque chose de plus, d'indéfinissable,
qui ne se passe qu'à un moment donné. Parfois c'était justement cette
chose là qu'il fallait à cet endroit là de l'album. Ce que je veux dire
c'est que tout a été pensé en fonction de l'album, du "concept" (bien
que n'aime pas ce mot), alors certaines bonnes chansons n'avaient rien
à y faire, même si prises séparément elles étaient parfois meilleures.
musiciens.biz : Ce disque a l'allure du best of, le
disque bilan en quelque sorte. Va-t-il être facile de te motiver pour
le suivant ?
Silerêves : Ben tu vois, par rapport à
ce que je t'ai dit juste avant (mais écoute un peu bon sang !!), que ce
n'est pas un best-of. Je ne sais pas si je pourrais réunir d'autre
chansons et instrumentaux dans une autre histoire, où si j'étais
destiné à ne raconter que l'histoire de "SILEREVES/PATCHWORK". Comme je
l'explique sur mon site, peut-être que tout tendait vers cet album,
depuis le début, et que j'ai travaillé très très, mais alors
trèèèèèèèès lentement. Le suivant ? C'est sûr, j'enregistre, car je ne
supporte pas qu'une idée disparaisse à jamais, alors disons... dans 15
ans ? A moins que je sorte un truc fait de chansons "autonomes", tout
simplement. Ou bien peut-être que je commence aujourd'hui à réunir le
matos pour une histoire que je "synthétiserai" quand je serai très
vieux ? Passe-moi le tarpé, please.
musiciens.biz : as-tu l'impression d'avoir trouvé ton
style ?
Silerêves : Ceux qui n'aiment pas du
tout ce que je fais te diront que oui, et ceux qui aiment bien aussi.
Moi je n'en sais rien, parce que je n'arrive pas à trouver le nom du
style en question, et puis je me dis qu'après tout, on se fout de
qualifier forcément un style avec un nom. J'ai toujours eu ce "style"
dans mes enregistrements, au début j'enregistrai les bruitages avant
les chansons et la fin avant le début de la cassette, je collais les
chansons les unes aux autres avec du scotch. Je voulais mettre une
ambiance particulière avant même de jouer la première note. Cette
démarche est-elle un style ? Je ne sais pas si ma façon de composer la
musique a un style, peut-être pouvez-vous me le dire ? Je ne me limite
pas à une sorte de musique, je m'en fous que cela soit rock ou jazzy ou
folk ou tendance électro. Si je suis vraiment concerné par ce que je
fais, si je me sens inspiré, il y aura le même "style" que dans
"SILEREVES/PATCHWORK". C'est le style de penser à un ensemble plutôt
qu'à une chanson individuelle, surement une déformation d'avoir écouté
trop de "concept-albums". C'est aussi le style de bâtir un album comme
un film de ciné (intro des chansons, enchainements, etc...) : si tu
regardes une scène hors du contexte, tu ne peux pas dire "j'ai vu ce
film".
Musiciens.biz : Pour en revenir aux sons assemblés, as-tu
eu l'envie de sampler pour ré utiliser des matériaux sonores
pré-existants ?
Silerêves : Comme je visualise beaucoup
ces passages là, je les vois comme des scènes uniques, des "trous du
temps" que je veux étranges et déstabilisants, ça n'aurait aucun sens
d'en foutre partout. Surtout qu'ils sont en fait des éléments du
passé.... imaginez vous écouter une chanson et puis tout d'un coup un
son étrange sort des haut-parleurs : ça fait une vibration qui plie le
temps et ouvre une porte en plein milieu de ta maison. Derrière la
porte une autre dimension. N'essayez pas de régler votre téléviseur,
c'est la cinquième dimension SILEREVES. Passe-moi le tarpé.
Musiciens.biz : Ton travail est si personnel et empreint
de ta solitude musicale et de ta personnalité que je ne te vois pas
travailler avec d'autres musiciens. Est-ce que je me trompe ? Es-tu
tenté par des collaborations ? Si oui sous quelle forme, via le net,
pour la scène ?
Silerêves : Tu te trompes ! Sur l'album,
et donc dans le temps puisque ce disque est intemporel, il y a au moins
trois personnes qui jouent avec moi. Antoine Le Roux fait l'harmonica
sur "une poussière dans l'infini", "Dieu vient quand il pleut" et "le
coeur des hommes-machines" (ça c'est très récent), Jean-Marie Jeannet
joue un solo électrique sur "le monde", il gratte sur "le voyage" et
"nouveau départ" qu'il a co-composées (ça c'est il y a deux ans), et
enfin Sylvain Rouy joue et a co-composé "Patisson walk" (et ça... mon
Dieu, ça fait.... non, je ne te le dis pas). Il y avait d'autres
parties de guitare ou d'harmonica enregistrées mais je ne les ai pas
forcément incluses : par exemple "hors du monde" contenait des solos
d'harmonica mais ils étaient trop sensuels et détruisaient l'aspect nu
et mortel de la chanson (c'est la mort qui parle au pauvre type de
l'histoire, avant sa troisième réincarnation). Comme j'ai pas mal joué
en groupe, je connaissais des musiciens capables de faire des
prestations sur mes morceaux, juste par sympathie. Et j'ai fait avec
JMJ (chanteur/guitariste/compositeur de ARAL3 et plus tard APSIDE) son
CD "solo", c'était pour le plaisir et le résultat était beaucoup
empreint de mon... style, justement (tiens ben voilà), au point que 2
des morceaux de "PATCHWORK" sont issus de ses sessions. Quant à la
scène, je n'ai pas eu l'occasion de jouer beaucoup de ces deux CD's
devant le public, sauf en formation rock entre 92 et 95. C'était une
sorte de "groupe dans le groupe" et les quelques chansons devaient
coller au reste du répertoire (que des compos de JMJ) : alors je les
chantais de très nombreuses fois, mais sous une forme trés différentes
des versions de "Patchwork".
Musiciens.biz : Comment vois-tu la suite de "Patchwork" ?
Silerêves : Pour le moment la suite de
"Patchwork" est en vous, je ne la vois pas encore... C'est beau ça, non
? Attention tu vas fumer le filtre.
J'ai trouvé ça amusant de t'interviewer à propos de ton
titre "Petite ville" parce que moi aussi
j'ai traité le sujet sur "dans ces petites villes" sur mon prochain
album. Alors dans ces petites villes, qu'y a-t-il de révoltant ?
Une petite ville, c'est le microcosme de la grande ville : par exemple
là où dans une mégapole, tu as un groupe de fachos pronazis syndiqués,
dans ma petite ville, tu vas avoir un petit groupe de 3 copains fachés
très nazes? anti-tout et pourquoi pas pro Le Pen. Ils font le marché
comme tout le monde, des sourires comme tout le monde, et chez eux
devant la télé, ils regardent leur reflet sur l'écran qui se mélangent
à une tête de Poivre-d'Arvor, et là, ils sortent des insultes larvées
destinées au monde entier. Ces mêmes personnes agissent comme des
dindes au moment des soldes, comme ailleurs diras-tu, ils se font gaver
de produits inutiles mais enrobés de papier-cadeau, ils jouent le jeu
en laissant à d'autres le soin de faire éclater au grand jour les
bassesses du fond de leur rancoeur. Quand ça arrive, ce seront ceux-là
qui applaudiront sans se salir les mains... c'est vrai, c'est partout
comme ça en occident, mais moi je suis dans une petite ville.
Ce qu'il y a de révoltant, c'est que le fait de ne pas croiser assez
d'individus différents les uns des autres fait de ces gens des
handicapés de la pluralité : dans ma rue je ne rencontre pas beaucoup
de Magrébins, mais cela fait-il pour autant de ces personnes une espèce
rare ? (et donc dangereuse). Dans la petite ville, les hommes ont des
sentiments aussi nazes que dans les grandes villes, mais en plus ils
sont "larvés", sournois, sans franchise.
Tout le monde se ressemble ou tout le monde se cache ? Le maître mot
est hypocrisie : on est moins nombreux alors la paranoïa a fait son
oeuvre. Le titre "petite ville" ça vient aussi de la nouvelle éponyme
de mon écrivain préféré Philip K. Dick, chez lui c'est un thème
récurent qui apparait aussi dans ses romans Kafkaïens et qui a inspiré
pas mal de gens : un type se réveille un matin sans identité, il n'est
plus rien dans sa petite ville et plus personne ne le connait. La
petite ville n'est en fait qu'un décor fait tout spécialement pour lui
donner l'illusion d'être ce que d'autres ont décidé qu'il sera... parce
que c'est plus simple, les gens sont si stéréotypés qu'on peut les
ranger par tiroirs et donc facilement les contrôler. Alors le type
cherche à franchir le bord du simulacre, et il se plante.
Est-ce pire que dans une grande ?
Oui. Quand je suis à Paname, c'est bizarre mais je me sens plein
d'énergie renouvelée, heureux de voir tous ces gens uniques et
différents. J'aime ces modes excentriques, ces couleurs de fringues et
d'âmes, ces mélanges d'humanité! L'art est partout, dans de nombreux
quartiers tu n'as pas cette volonté d'uniformisation qu'on rencontre
dans la petite ville. Alélluia ! J'ai l'impression que les différences
sont acceptées plus naturellement, j'espère ne pas me tromper. Par
exemple les commerçants du quartiers des Halles, exemple parlant s'il
en est, ceux là se fichent de remplir les autorisations nécessaires au
choix de la bonne peinture pour leurs devantures, leur imagination
n'est pas bridée : dans la petite ville l'administration est exacerbée
et tu dois te conformer au choix d'un type qui se croit important parce
que la mairie lui donne un ascendant, une signature. Et souvent, tout
est petit, normalisé. Tu me diras : c'est la tendance, de normaliser.
Mais là, je crois que c'est pire. Tout le monde te voit, fais un pas de
travers et c'est la gestapo.
Est-ce un cri en l'air ? As-tu eu des retours sur ce
titre ?
Tu sais bien que la plupart de ce genre de titres n'ont aucun retour !
Ah si ! Un certain type de Musiciens.biz m'a demandé une interview
là-dessus, mais bon, c'est tout, et en plus c'est quelqu'un d'assez
exceptionnel. Y'a aussi le titre "Laïus" sur lequel j'aurai aimé avoir
du retour, parce qu'il est très complémentaire de "petite ville" ( tous
les deux tirés de "sunMarie sun Laius" ), album dont le thème est
précisément le crime, et plus tard sur "Patchwork" dont le thème est
"tentative de rédemption"). D'ailleurs je te file les paroles, à
méditer par rapport à l'"aniversaire" camps de la mort en ce moment. ,
justement, ce sont tous des monstres larvés (quoi, moi paranoïaque ?) :
D'ailleurs, pour tomber dans la noirceur la plus totale (pendant qu'on
y est), les camps se trouvaient aux abords des petites villes et petits
villages bien propsets, non ? Il parait que ça puait à des kilomêtres à
la ronde, mais ce n'est pas ce qui puait le plus.